mardi 27 août 2013

Victoire à l'arraché

En 1914, la Belle époque s'achève, l'heure est à l'insouciance, la guerre n'a pas encore été déclarée et l'Association Sportive Perpignanaise, ancêtre de l'USAP, joue la finale du Championnat de France de "football-rugby", c'est le nom de ce sport à l'époque, contre le Stadocest tarbais. La première mi-temps voit la domination des Tarbais, malgré l'expulsion de l'un de leurs joueurs, Faure, accusé d'avoir volontairement frappé Roque, de l'ASP. Cependant, aucun point n'est marqué. Les Tarbais conservent leur avantage en début de seconde mi-temps et, très vite un premier essai et marqué mais non transformé. 3-0 pour Tarbes. Quelques minutes à peine après cette ouverture du score, Tarbes récidive avec un drop-goal, qui vaut 4 points à l'époque. 7-0 pour Tarbes, on commence à s'inquiéter pour Perpignan. Mais c'est sans compter sur la ténacité des Catalans. Ils se regroupent, remontent le terrain et un premier essai est marqué, qu'Aimé Giral ne parvient toutefois pas à transformer. 7-3. Les Tarbais résistent, mais les Sang et Or augmentent la pression et un deuxième essai leur est refusé. Une dernière action de Courrège et Amilhat permet à Barbe de marquer l'essai. Giral se fait pardonner en transformant et le match est gagné au score final de 8-7 pour les Perpignanais qui obtiennent alors leur premier titre de Champion de France. Un journal de l'époque nous dit : "Les "Sang-et-Or" du Roussillon avaient gagné et les Tarbais pleurèrent, comme de grands enfants, la victoire qui leur échappait après leur avoir souri."  De cette belle équipe, beaucoup ne reviendront pas de la guerre : Aimé Giral, six de ses co-équipiers ainsi que le vice-président du club, Jean Laffon, mourront au front.

L'A.S.P. en 1913


Sources : Journal Gil Blas, 4 mai 1914 (à lire ici) + Wikipédia
Image : Par Sant Jordi (Travail personnel) [CC-BY-SA-3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

Cette chronique vous a plu, déplu ou vous y avez trouvé une erreur ? Partagez-la ou laissez-moi un commentaire !

lundi 26 août 2013

Olive précoce

La culture de l'olivier est une longue tradition dans la région et, on l'a peut-être oublié, le département des Pyrénées-Orientales était encore le premier du pays en 1848 pour la production d'huile d'olive.  Mais le gel meurtrier de 1956 vient ponctuer une longue période de déclin de l'oléiculture, en partie en raison de la meilleure rentabilité des vignes, plantées en nombre depuis la deuxième moitié du XIXème siècle. Après de multiples aléas, la production est progressivement repartie à la hausse, sans pour autant retrouver  les niveaux d'antan. On croit souvent que la pratique de l'oléiculture n'existait pas avant l'arrivée des Grecs et l'on situe fréquemment les origines de l'olivier en Syrie. Les faits nous disent le contraire. Dans la réalité, l'olivier sauvage existe tout autour de la méditerranée, et donc chez nous, depuis le pliocène. D'abord simples cueilleurs, les premiers hommes de la région maîtrisent progressivement  la culture de l'olivier et l'on peut considérer qu'au néolithique la domestication de l'espèce se poursuit, comme en témoignent notamment différents vestiges de l'Âge du Bronze trouvés à Salses et à Corbères-les-Cabanes qui révèlent que les arbres étaient taillés dès cette époque. Lorsque les Grecs arrivent plusieurs siècles plus tard, la tradition existe donc déjà, mais ils amènent avec eux leur savoir-faire et de nouvelle variétés d'olives, transformant de manière définitive les techniques de culture et l'usage de l'huile. Malheureusement, l'installation des Romains en Gaule Narbonnaise au IIème siècle avant J.-C. mettra un terme, momentané, à tout cela, puisqu'olive et vigne sont interdits afin de ne pas concurrencer les producteurs transalpins. Malgré tout, le savoir et les cultures se sont transmis, sans doute par nécessité, car, comme on le dit ici : "L'oli d'oliva tot mal esquiva" !

Olea europaea


Source : Claude Gendre, Histoire de l'olivier en Roussillon, Trabucaire, 2003
Image : Par Franz Eugen Köhler, Köhler's Medizinal-Pflanzen (List of Koehler Images) [Public domain], via Wikimedia Commons

Cette chronique vous a plu, déplu ou vous y avez trouvé une erreur ? Partagez-la ou laissez-moi un commentaire !

samedi 24 août 2013

Noms d'eau

Même si le département des Pyrénées-Orientales est loin d'être le plus humide de France, l'eau y a toujours été présente partout et sous différentes formes. C'est donc en toute logique que nos ancêtres s'y sont parfois référés lorsqu'il a fallu nommer des lieux habités. Parmi nos communes, certaines se réfèrent à des étendues d'eau. C'est le cas de Cabestany, anciennement Caput Stagnum, littéralement la "tête de l'étang". Il en est de même pour Banyuls-sur-Mer, jadis près d'un marécage et Banyuls-dels-Aspres, près d'un petit étang aujourd'hui asséché, tous deux du latin balneolis pour une lagune, et enfin pour La Llagonne, du catalan llacuna pour lagune également. Les références à des rivières sont plus rares, mais Reynès et mentionné pour la première fois en tant que lieu du "Rio Nigro", Rivesaltes n'est autre que "rives hautes" et Fourques un embranchement de deux cours d'eau. On trouve beaucoup plus de références à des sources. Salses rappelle ses sources magnésiennes, les fontaines de Fontpédrouse, Fontrabiouse et Font-Romeu sont tour à tour abondante, capricieuse ou du pélerin, et Ayguatébia est une source d'eau tiède. Pour compléter ce tableau, on ne saurait oublier les Bains-d'Arles, anciens bains romains devenus Amélie-les-Bains et Le Tech, commune créée en 1862 par détachement de Prats-de-Mollo et simplement nommée par le fleuve qui la traverse.

Où est passée la lagune de La Llagonne ?


Source : Jean Sagnes (dir.), Le pays catalan, t. 2, Pau, Société nouvelle d'éditions régionales, 1985
Photo : Par Sascha, mai 2005, Domaine Public, via Wikimédia Commmons.

Cette chronique vous a plu, déplu ou vous y avez trouvé une erreur ? Partagez-la ou laissez-moi un commentaire !

vendredi 23 août 2013

Trafic de mules

Il existe une règle universelle concernant les frontières : c'est toujours mieux de l'autre côté. L'ancienne frontière du Roussillon partait de Salses et suivait grosso modo les Corbières. Le trafic y était déjà conséquent et réfugiés en tous genres et marchandises de contrebande circulaient dans les deux sens. Avec le Traité des Pyrénées en 1659, la frontière se déplace plus au sud et le trafic avec. On allait désormais chercher en Espagne, de manière plus ou moins licite, ce qui manquait en France ou y coutait moins cher et vice versa. Mais, à la différence de l'ancienne frontière avec le Languedoc, la nouvelle division entérine la séparation d'un peuple unique, les Catalans, en deux entités différentes. Il n'est donc pas étonnant que les rapports soient restés très étroits dans les Pyrénées entre des gens qui étaient souvent parents ou possédaient encore des terres de chaque côté de la frontière. Le trafic reste une habitude qui permet d'améliorer le quotidien de populations aux revenus modestes, d'autant plus nécessaire lors des périodes de crises.

Lors de la première Guerre Mondiale, par exemple, les pénuries s'accentuent et le trafic de denrées de première nécessité prend un nouvel essor. L'armée française manque de chevaux et tous les équidés du pays sont réquisitionnés. Cela ne suffit pas et l'on importe alors des mules et des chevaux d'Espagne, d'Argentine, du Canada ou des États-Unis. Le trafic traditionnel de mules à travers les deux Cerdagne trouve alors une nouvelle dimension. On achète des animaux en Bretagne ou dans le Poitou et on les élève en Cerdagne avant de les faire passer clandestinement en Espagne. Ceux-ci sont ensuite rachetés par l'armée française qui a besoin au plus fort de la guerre de 32000 mules et chevaux par jour et ils repartent par Le Perthus, mais cette fois-ci en direction du nord. Ce commerce très rentable a fini par disparaître, mais le trafic transfrontalier a de manière certaine encore de beaux jours devant lui.

Un soldat américain et son cheval portant des masques à gaz (vers 1917-18)


Source : Michel Ruquet, Les liens transfrontaliers entre le Roussillon et le Principat de Catalunya, avant et pendant la première Guerre Mondiale (1914-1918) : Leur rôle dans le phénomène d'insoumission et de désertion, Perpignan, Revue Domitia, n°6, 2005
Photo : By Bureau of Medicine and Surgery, Department of the Navy [Public domain], via Wikimedia Commons



Ce blog vous intéresse ? Vous pouvez vous y abonner
en bas à droite de cette page dans la section Membres.

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le !

mercredi 21 août 2013

Colère épiscopale

L'année 1613 voit l'installation d'un nouvel évêque à Perpignan, l'andalou Don Francisco de Vera. Les relations à son arrivée sont cordiales et les prêtres de Perpignan lui font cadeau de toute une basse-cour en guise de cadeau de bienvenue. Mais les rapports se dégradent très vite et, suite à divers incidents, Don Vera en arrive à excommunier plusieurs bourgeois de Perpignan et à interdire les messes dans la majorité des églises de la ville. Cela ne leur fait ni chaud ni froid et les incidents continuent avec la population. Le gouverneur et les Consuls de la ville sont alors excommuniés à leur tour et le clergé commence lui aussi à s'énerver devant l'attitude autoritaire de son évêque. Ce dernier achève d'exaspérer ses ouailles lorsqu'il décide de se faire installer un nouveau fauteuil dans la cathédrale afin d'être assis plus haut que ses prédécesseurs. Plusieurs chanoines en colère démolissent donc à la hache l'auguste siège et, lors de leur interpellation, blessent l'évêque avec un poignard. Jetés en prison, ils s'évadent rapidement et sont excommuniés, sans que cela ne les affecte autrement. Ils se présentent à la messe quelques jours plus tard en jetant un grand froid dans l'assistance, ayant obtenu le pardon de l'archevêque de Tarragone, au grand désarroi de notre évêque local. Don Vera étant parti en voyage, son remplaçant en profite pour nommer ces trois chanoines responsables de leur communauté et provoque un nouveau scandale. La situation ne trouvera une issue qu'avec l'aide des Consuls de Perpignan. Sans doute la mort de Don Vera en 1616 permit-elle également d'apaiser définitivement les esprits.

Chanoine du XIXème siècle


Sources :  
Jean Villanove, Histoire populaire des catalans, tome II, 1979
Emmanuelle Rebardy-Julia, La translation de résidence et du chaître d'Elne à Perpignan (1602), Domitia n°4, septembre 2003
Image : Par Mangouste35 (Travail personnel) [GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html) ou CC-BY-SA-3.0-2.5-2.0-1.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

Cette chronique vous a plu, déplu ou vous y avez trouvé une erreur ? Partagez-la ou laissez-moi un commentaire !

mardi 20 août 2013

Le livre de Vernet

La renommée de Vernet-les-Bains, bénéficiant de celle du prince Ibrahim Pacha visitant la ville en 1846, plaçant ainsi la ville sur la carte, attire un siècle durant une clientèle aristocratique venant profiter de son climat, de ses eaux et de ses beaux paysages. A la belle époque, les français et les espagnols visitent la station en été, tandis que les britanniques viennent profiter du climat hivernal. C'est le cas de Rudyard Kipling qui arrive à Vernet pour la première fois en 1910, suivant les conseils de son médecin qui lui recommande un climat chaud et sec. Le célèbre prix Nobel de littérature et auteur du Livre de la jungle est fasciné par la région, à tel point qu'il y revient en 1911, 1914 et 1926. Alors que, selon ses propres mots, il ne venait à Vernet que pour chercher "rien de plus qu'un petit rayon de soleil", il tombe sous l'emprise du Canigou, "montagne enchanteresse entre toutes" et dont il se déclare alors un "loyal sujet". Mais que l'on ne se méprenne pas : même si Kipling devait sûrement se promener autour de Vernet, il est malgré tout fort probable qu'il ne soit jamais monté au sommet de l'illustre montagne, sa santé fragile le cantonnant plus raisonnablement dans son lieu de villégiature. Mais l'imagination des romanciers remplace toutes les excursions et Kipling écrira un conte mettant en scène des anglais visitant la région, Pourquoi la neige tombe à Vernet. Souhaitant sans doute revoir le Royaume du Canigou, Kipling s'apprête à revenir dans le midi de la France en 1936, mais il meurt d'une attaque peu de temps avant de reprendre le bateau à Londres. Le Canigou venait de perdre un de ses fidèles sujets.

Petites histoires des Pyrénées-Orientales
Kipling, assis à droite, et divers notables à Vernet (1911)

Source : André Suchet et John Tuppen, Rudyard Kipling à Vernet-les-Bains dans le Massif du Canigou, Revue Babel
Photo : Office du Tourisme de Vernet-les-Bains



Cette chronique vous a plu, déplu ou vous y avez trouvé une erreur ?
Partagez-la ou laissez-moi un commentaire !

dimanche 18 août 2013

Commerce de personnes

L'esclavage a existé en Roussillon depuis l'antiquité. Favorisé par le droit romain, puis par le droit gothique, il s'est imposé d'autant plus facilement qu'il n'existait pas dans la région de véritable équivalent au statut de serf que l'on pouvait trouver ailleurs en France. Le meilleur moyen de disposer d'une main d'œuvre corvéable à merci reste donc pendant très longtemps l'achat d'esclaves, commerce florissant dans tout le pourtour méditerranéen et notamment en Roussillon, du XIIIe au XVIIe siècle. Les marchands catalans ramènent de leur voyages en Orient de nombreuses marchandises, parmi lesquelles on trouve souvent des groupes d'esclaves. Le marché principal en Catalogne pour ce trafic se trouve à l'époque à Barcelone, mais on constate que les Roussillonnais achètent des esclaves en grande quantité à partir du 13ème siècle, quelle que soit leur classe, soit comme auxiliaire domestique, soit pour travailler la terre. Les marchands, les artisans, les bourgeois, les prêtres, les religieuses, tous achètent des esclaves. Pour exemple, l'évêque d'Elne déclare dans son testament en 1259 la possession de huit esclaves, dont six païens. Leurs origines varient suivant les époques : d'abord des prisonniers de guerre sarrasins, on importe ensuite des Tartares, des Grecs, des Bosniaques, des Bulgares, des Tcherkesses, des Russes et bien sûr aussi des Africains, parmi lesquels figurent de nombreux Ethiopiens. Au 16ème siècle, on commence également à vendre à Perpignan quelques Amérindiens, disponibles depuis la découverte de l'Amérique. La plupart de ces esclaves sont baptisés, et les femmes accouchent très fréquemment d'enfants conçus par leur maître, tandis qu'elles sont employées comme nourrices dans la plupart des grandes familles de la région. Ce commerce décline à partir du XVIIe siècle et disparaît définitivement avec le Traité des Pyrénées (1659) qui impose le droit français en Roussillon.

Fers d'esclave


Source : Auguste Brutails, Étude sur l'esclavage en Roussillon, du XIIIe au XVIIe siècle, Larose et Forcel, 1886 (à lire ici)
Photo : Par Urban (Travail personnel) [Public domain], via Wikimedia Commons

Cette chronique vous a plu, déplu ou vous y avez trouvé une erreur ? Partagez-la ou laissez-moi un commentaire !