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samedi 3 août 2013

L'ardoise de l'abbé

Presque trois siècles après sa fondation, l'abbaye de Saint-Martin-du-Canigou voit l'élection d'un nouvel abbé le 10 février 1291, Guillaume II, en fonction jusqu'à sa mort en 1299. Profitant du passage dans la région en 1296 de Jacques II, roi de Majorque, l'abbé décide d'organiser un magnifique festin en l'honneur du monarque, que celui-ci accepte afin de rendre honneur à l'abbaye et qu'il a sûrement su apprécier. Une fois Jacques II reparti, toutefois, Guillaume réalise qu'il n'a pas de quoi payer la note. Qu'à cela ne tienne, le peuple est là pour ça et notre abbé décide de faire payer l'ardoise aux habitants de Vernet, dont il est le seigneur. Devant le refus des habitants d'obtempérer, Guillaume envoie son bailli confisquer diverses habitations du village. Une procédure est alors engagée par les habitants de Vernet contre l'abbé, dès le 2 décembre 1296, sur un argumentaire simple : au cas où l'abbé aurait été contraint de recevoir le roi et de lui servir un festin, les habitants auraient payé une partie de la note par solidarité avec leur seigneur. Considérant que cela n'est pas le cas et que ce repas a été servi de manière tout à fait volontaire par l'abbé et dans le seul but d'impressionner ses invités, les habitants de Vernet refusent de régler la dette de 200 sous réclamée par ses fournisseurs. Sous la menace d'un emballement de la procédure, Guillaume finit par céder et les biens des habitants sont relaxés tandis qu'il se retrouve seul avec sa dette.

Jacques II


Source : Jean Capeille, « Guillaume II (?-1299) », dans Dictionnaire de biographies roussillonnaises, Perpignan, 1914
Image : Par Old (Wikipedia en catalán) [Public domain], via Wikimedia Commons 

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samedi 27 juillet 2013

Un cloître en double

Il est du destin des vieux bâtiments en ruine de finir démontés, les habitants des environs ne se privant généralement pas pour réutiliser les matériaux. C'est ainsi que l'on retrouve les colonnes du cloître de Saint-Martin-du-Canigou dans les constructions de Casteil ou de Vernet-les-Bains. Ces vestiges ont également souvent été vendus à des antiquaires ou des collectionneurs, tels ceux de Saint-Michel-de-Cuxa expédiés en Amérique. Le cloître de Saint-Génis-des-Fontaines, quant à lui, appartenait à différents propriétaires, dont plusieurs décidèrent de vendre.  Paul Gouvert, antiquaire parisien, s'en porte acquéreur en 1924. Gouvert est un spécialiste des vieilles pierres qu'il achète et revend un peu partout, à une époque où nombre de monuments n'étaient pas encore protégés. Il vend par exemple les colonnes de l'abbaye de Berdoues (Gers) au maréchal Goering qui souhaitait les avoir dans sa propriété en Allemagne. Concernant Saint-Génis, Gouvert ne peut en emporter que les trois-quarts et se retrouve avec deux clients. Qu'importe, Gouvert sculpte lui-même 23 chapiteaux supplémentaires, dans le plus pur style roman et en véritable marbre rose de Villefranche-de-Conflent . Cela lui permet de disposer de deux cloîtres qu'il vend alors aux États-Unis et en France. Par chance, la plupart des faux sont partis à Philadelphie et l''état Français rachètera plus tard en France la majeure partie de ce monument que l'on peut de nos jours admirer dans son emplacement d'origine.

Petites histoires des Pyrénées-Orientales
Colonnes et chapiteaux de Saint-Génis-des-Fontaines



Sources :
Géraldine Mallet, Églises romanes oubliées du Roussillon, Les Presses du Languedoc, 2003

Olivier Poisson, L'abbaye de Saint-Génis des Fontaines, Le Publicateur, 1989
Photo : LeZibou [GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html), CC-BY-SA-3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/) ou CC-BY-SA-2.5-2.0-1.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.5-2.0-1.0)], via Wikimedia Commons


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dimanche 14 juillet 2013

Le droit de mule

Depuis le moyen-âge il était d’usage d’offrir une mule au nouvel abbé de Saint-Martin-du-Canigou lors de sa première entrée dans l’abbaye (aujourd’hui située sur la commune de Casteil). Cet usage se transforme par la suite en obligation, à la charge des habitants des paroisses liées à l’abbaye, que l’on qualifia de droit de mule. Afin d’éviter de se voir offrir de vieilles mules rachitiques à chaque nouvel abbé, il est décidé d’imposer à la place le paiement d’une somme de quarante livres barcelonaises. En 1434, suite aux ravages de la peste, un accord est trouvé pour réduire cette somme à cinq livres. Le nouvel abbé qui s’installe en 1698 rétablit, malgré les protestations, le seuil de quarante livres que les habitants doivent subir jusqu’à la sécularisation de l’abbaye en 1783. De nos jours, abbés et mulets ont disparu du paysage de Saint-Martin-du-Canigou, mais l'abbaye est tours là.

Petites histoires des Pyrénées-Orientales
L'entrée de l'abbaye


Source : Enric Parisel, Au temps des mulets en Roussillon, Les Presses Littéraires, 2003
Photo : Par LeZibou (Travail personnel) [GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html), CC-BY-SA-3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/) ou CC-BY-2.5 (http://creativecommons.org/licenses/by/2.5)], via Wikimedia Commons 


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