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samedi 31 août 2013

Sans foi ni loi

La famille Borgia, connue pour ses frasques dans l'Italie du XVème siècle, était en fait originaire de la petite ville de Borja, en Aragon, puis s'était installée dans le royaume de Valence après la reconquista. La branche italienne vient d'Alfons de Borja, évêque de Valence puis cardinal, qui deviendra pape sous le nom de Calixte III. Connu pour son népotisme, il place tous les membres de sa famille aux postes clés de l'église à Rome. Son neveu Rodrigo est élu pape en 1492 sous le nom d'Alexandre VI et continue à placer ses proches, à commencer par ses enfants. César Borgia est l'un deux. Né à Rome en 1475, sa vie remplie de débauche, de meurtres et de trahisons en tout genre ne pouvait que finir de manière tragique. C'est donc sans surprise qu'il meurt dans une embuscade à 31 ans. Sa devise, toute simple, était à la mesure du personnage: Ou César, ou rien. Entré dans l'église dès l'âge de 7 ans, la carrière de César se déroule en partie dans notre région. Il est nommé évêque de Pampelune à 15 ans,  puis son père fraichement élu pape le promeut archevêque de Valence puis cardinal alors qu'il n'a que 17 ans. En 1493, il obtient en plus les évêchés de Castres et d'Elne, dont il prend possession par procuration. Comme si cela ne suffisait pas, une bulle du pape de 1494 le nomme abbé de l'abbaye de Saint-Michel-de-Cuxa avec, selon les propres mots de son père, "la confiance que, grâce à son zèle, le monastère sera utilement et heureusement dirigé". En réalité, César n'en a cure et s'intéresse surtout à ce que peuvent lui rapporter ces charges, à tel point que le clergé du diocèse d'Elne se soulève en 1497 et proteste auprès du roi, qui ordonne dès l'année suivante que la somme demandée soit réduite de moitié. En 1498, César profite de la mort de son frère pour reprendre les affaires temporelles en main et abandonne toute charge ecclésiastique. Il n'a que 23 ans.

Portrait supposé de César Borgia


Source : Jean Capeille, « César Borgia », dans Dictionnaire de biographies roussillonnaises, Perpignan, 1914
Image : Altobello Melone [Public domain], via Wikimedia Commons
 
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samedi 3 août 2013

L'ardoise de l'abbé

Presque trois siècles après sa fondation, l'abbaye de Saint-Martin-du-Canigou voit l'élection d'un nouvel abbé le 10 février 1291, Guillaume II, en fonction jusqu'à sa mort en 1299. Profitant du passage dans la région en 1296 de Jacques II, roi de Majorque, l'abbé décide d'organiser un magnifique festin en l'honneur du monarque, que celui-ci accepte afin de rendre honneur à l'abbaye et qu'il a sûrement su apprécier. Une fois Jacques II reparti, toutefois, Guillaume réalise qu'il n'a pas de quoi payer la note. Qu'à cela ne tienne, le peuple est là pour ça et notre abbé décide de faire payer l'ardoise aux habitants de Vernet, dont il est le seigneur. Devant le refus des habitants d'obtempérer, Guillaume envoie son bailli confisquer diverses habitations du village. Une procédure est alors engagée par les habitants de Vernet contre l'abbé, dès le 2 décembre 1296, sur un argumentaire simple : au cas où l'abbé aurait été contraint de recevoir le roi et de lui servir un festin, les habitants auraient payé une partie de la note par solidarité avec leur seigneur. Considérant que cela n'est pas le cas et que ce repas a été servi de manière tout à fait volontaire par l'abbé et dans le seul but d'impressionner ses invités, les habitants de Vernet refusent de régler la dette de 200 sous réclamée par ses fournisseurs. Sous la menace d'un emballement de la procédure, Guillaume finit par céder et les biens des habitants sont relaxés tandis qu'il se retrouve seul avec sa dette.

Jacques II


Source : Jean Capeille, « Guillaume II (?-1299) », dans Dictionnaire de biographies roussillonnaises, Perpignan, 1914
Image : Par Old (Wikipedia en catalán) [Public domain], via Wikimedia Commons 

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dimanche 14 juillet 2013

Le droit de mule

Depuis le moyen-âge il était d’usage d’offrir une mule au nouvel abbé de Saint-Martin-du-Canigou lors de sa première entrée dans l’abbaye (aujourd’hui située sur la commune de Casteil). Cet usage se transforme par la suite en obligation, à la charge des habitants des paroisses liées à l’abbaye, que l’on qualifia de droit de mule. Afin d’éviter de se voir offrir de vieilles mules rachitiques à chaque nouvel abbé, il est décidé d’imposer à la place le paiement d’une somme de quarante livres barcelonaises. En 1434, suite aux ravages de la peste, un accord est trouvé pour réduire cette somme à cinq livres. Le nouvel abbé qui s’installe en 1698 rétablit, malgré les protestations, le seuil de quarante livres que les habitants doivent subir jusqu’à la sécularisation de l’abbaye en 1783. De nos jours, abbés et mulets ont disparu du paysage de Saint-Martin-du-Canigou, mais l'abbaye est tours là.

Petites histoires des Pyrénées-Orientales
L'entrée de l'abbaye


Source : Enric Parisel, Au temps des mulets en Roussillon, Les Presses Littéraires, 2003
Photo : Par LeZibou (Travail personnel) [GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html), CC-BY-SA-3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/) ou CC-BY-2.5 (http://creativecommons.org/licenses/by/2.5)], via Wikimedia Commons 


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